Allahou ahlem

اللهُ أَعْلَمُ
Signification, traduction et quand dire l’expression Allahou ahlem
Le mot arabe Allahou ahlem (اللهُ أَعْلَمُ) est bien plus qu’une façon de finir une phrase. Lorsque tu dis « Allahou ahlem », cela signifie que tu reconnais qu’Allah sait mieux que toi, sur la question qu’on vient de te poser comme sur tout le reste.
L’expression Allahou ahlem est donc d’abord la réponse de celui qui ne sait pas. Plutôt que d’inventer ou de répondre au hasard, il dit qu’il n’a pas la réponse et laisse la question à Celui qui la connaît. Elle se dit aussi à la fin de ce qu’on vient d’expliquer, pour rappeler que ce qu’on sait, c’est Allah qui nous l’a appris.
C’est pourquoi le musulman est invité à la dire sans en avoir honte. Ne pas savoir n’est pas une faute, parler de la religion sans savoir en est une.
Signification d’Allahou ahlem
L’expression Allahou ahlem signifie littéralement en français ceci.
Allah est plus savant
On la traduit aussi par « Allah sait mieux ». Le mot ahlem (أَعْلَمُ) veut dire « plus savant », c’est la même construction que akbar dans Allahou akbar, Allah est plus grand. La phrase ne précise pas plus savant que qui, elle n’en a pas besoin. Allah est plus savant que tout le monde, à commencer par celui qui parle.
Quand utilise-t-on Allahou ahlem ?
La formule se dit surtout dans trois situations, qui n’ont pas tout à fait le même sens.
Quand tu ne sais pas
C’est l’usage qu’enseignait Ibn Masʿoud, et il vaut pour tout le monde.
👉 ʿAbdallah Ibn Masʿoud رضي الله عنه a dit, « Celui qui connait une science qu’il la transmette et celui qui ne sait pas qu’il dise : Allahou A’lam ; car certes fait partie de la bonne compréhension d’une personne qu’elle dise à propos de ce qu’elle ne sait pas : Allahou A’lam. »
📚 | Rapporté par Mouslim n°2798 et Al-Boukhari n°4809.
Cette parole montre clairement que dire Allahou ahlem quand on ne sait pas fait partie du savoir et de la bonne compréhension. Cheikh Al-‘Outheymine, en l’expliquant, dit que celui qui répond « je ne sais pas » quand il ne sait pas est le vrai savant, parce qu’il connaît sa propre mesure, et que les gens se fient ensuite à ce qu’il affirme, sachant qu’il se tait sur ce qu’il ignore. Il dit aussi l’inverse, celui qui ne sait pas n’a pas le droit de répondre, même en répétant ce que tout le monde dit autour de lui.
📚 | Cheikh Al-‘Outheymine, explication de Riyad as-Salihin et Nour ʿala ad-Darb, transcrites sur al-fatawa.com, et enregistrement publié sur YouTube.
Le Coran interdit de parler sans savoir.
Allah a dit dans la sourate 17 verset 36, « Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. »
Même les anges, interrogés par Allah, ont répondu qu’ils ne savaient que ce qu’Il leur avait appris.
Allah a dit dans la sourate 2 verset 32, « Ils dirent: “Gloire à Toi! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous a appris. Certes c’est Toi l’Omniscient, le Sage.” »
Cheikh Al-‘Outheymine rapporte qu’on interrogea un jour Ach-Chaʿbi, un savant de la génération qui a suivi les compagnons, sur une question. Il répondit qu’il ne la maîtrisait pas. Ses élèves lui dirent qu’ils avaient honte pour lui, et il leur rappela que les anges, eux, n’avaient pas eu honte de dire ce verset.
📚 | Kitab al-ʿIlm de Cheikh Al-‘Outheymine, page 59.
À la fin de ce que tu viens d’expliquer
Tu peux aussi la dire quand tu sais. Tu réponds, tu expliques ce que tu as appris, puis tu termines par wa Allahou ahlem, et Allah est plus savant. Tu ne dis pas forcément que tu doutes de ta réponse. Tu rends à Allah le savoir qu’Il t’a donné.
👉 Cheikh Al-ʿOusaymi donne deux raisons à ce « wa Allahou ahlem » des savants. Dire que ce savoir vient d’Allah, qui l’a donné. Et Lui rendre la connaissance complète de ce qui reste difficile, un sens qu’on trouve surtout dans les questions où les savants divergent. Certains terminent d’ailleurs une réponse évidente, le nombre des prières obligatoires par exemple, par « wa Allahou l-mouwaffiq », et gardent « wa Allahou ahlem » pour une question débattue, comme savoir si le witr est obligatoire.
📚 | Cheikh Al-ʿOusaymi, enregistrement publié sur YouTube.
C’est justement ce que le prophète Moussa عليه السلام n’a pas fait, le jour où on lui a demandé qui était le plus savant, et Allah le lui a reproché.
👉 D’après Oubay Ibn Kaʿb رضي الله عنه, le Prophète ﷺ a dit, « Moïse, le Prophète, se leva pour prononcer un discours aux Banî Isrâ’îl, et quelqu’un l’interrogea : Qui est le plus savant des gens ? C’est moi le plus savant ! répondit-il. Allah lui reprocha de ne pas Lui avoir attribué le savoir et Il lui révéla : Certes, l’un de Mes serviteurs, au confluent des deux mers, est plus savant que toi ! »
📚 | Rapporté par Al-Boukhari n°122 et Mouslim n°2380.
Ce hadith montre clairement que le savoir se rend à Allah, même quand on en a beaucoup, et Moussa était un prophète.
Face à une question qui ne regarde pas celui qui la pose
On te demande ton salaire, pourquoi tu n’es pas encore marié, ce qui se passe chez toi. Tu peux répondre Allahou ahlem, sans rien dire de plus.
👉 Cheikh Al-‘Outheymine a été interrogé par une femme qui voulait savoir si elle pouvait répondre « Allahou ahlem » à une question sur un sujet dont elle ne voulait pas parler. Il répond que oui, il n’y a aucun mal. Il en profite pour conseiller à ceux qui gênent les gens avec des questions sur leur vie privée de se rappeler la parole du Prophète ﷺ, « De la perfection de l’Islam de l’homme : délaisser ce qui ne le regarde pas. »
📚 | Réponse de Cheikh Al-‘Outheymine, transcrite sur al-fatawa.com, et enregistrement audio publié sur YouTube. Le hadith est rapporté par At-Tirmidhi n°2317, et jugé authentique par Cheikh Al-Albani dans son annotation de Charh At-Tahawiyya, page 262.
Ce n’est pas cacher la science. Cheikh ʿOuthman Al-Khamis explique que la science qu’on n’a pas le droit de taire est celle dont la personne a besoin, et il donne l’exemple de quelqu’un qui te demande combien tu as d’enfants.
📚 | Cheikh Al-Khamis, enregistrement publié sur YouTube.
Allahou ahlem ou la adri ?
La adri (لَا أَدْرِي) veut dire « je ne sais pas ». Les deux se disent quand on n’a pas la réponse, et les savants n’avaient aucune gêne à employer la seconde.
👉 Cheikh Ibn Baz rapporte que l’imam Malik répondait à peu de questions et disait « la adri » à beaucoup d’autres. Il demande aux enseignants d’habituer leurs élèves à ce mot, et de leur montrer l’exemple en repoussant une question difficile d’un jour ou deux, ou à la leçon suivante, plutôt que d’y répondre sans en être sûrs.
📚 | Majmouʿ al-Fatawa d’Ibn Baz, volume 7, page 245.
Il le faisait lui-même. Dans les enregistrements de ses réponses, on l’entend répondre « la adri » ou « Allahou ahlem » à des questions qu’on vient de lui poser, puis promettre d’étudier la question et d’y revenir une autre fois.
📚 | Enregistrements de Cheikh Ibn Baz, publiés sur YouTube.
On entend souvent que « je ne sais pas » est la moitié de la science. Cheikh Al-ʿOusaymi précise que cette parole remonte à Ach-Chaʿbi, rapportée par Ad-Darimi avec une chaîne authentique. La science se partage entre ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas, et « la adri » répond à toute la seconde moitié.
📚 | Cheikh Al-ʿOusaymi, enregistrement publié sur YouTube.
Mais la formule ne doit pas servir à esquiver quand on sait. ʿOmar s’est fâché contre des compagnons qui la lui répondaient.
👉 D’après ʿOubayd Ibn ʿOumayr, « ‘Omar (qu’Allah l’agrée) dit un jour aux compagnons du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) : À votre avis, à propos de quoi ce verset a-t-il été révélé : “L’un de vous aimerait-il avoir un jardin” ? Ils répondirent : Allah est plus savant. ‘Omar se mit en colère et dit : Dites : nous savons, ou : nous ne savons pas ! Ibn ‘Abbas dit alors : J’en ai une idée, ô Commandeur des croyants. ‘Omar lui dit : Ô fils de mon frère, parle, et ne te rabaisse pas. […] »
📚 | Rapporté par Al-Boukhari n°4538.
👉 Cheikh Al-Albani, interrogé sur une parole semblable attribuée à ʿOmar, explique qu’elle ne s’applique pas à tous les cas. Le reproche vise celui qui dit Allahou ahlem sur une chose qu’il connaît. Celui qui ne sait vraiment pas dit « je ne sais pas, Allah est plus savant ».
📚 | Réponse de Cheikh Al-Albani, transcrite sur al-fatawa.com.
La différence entre les deux formules tient donc au sens. La adri parle de toi, tu ne sais pas. Allahou ahlem parle d’Allah, Lui sait. Si tu ne sais pas, dis-le clairement, puis rends le savoir à Allah.
Allahou wa rassoulouhou ahlem
Dans les hadiths, les compagnons répondent souvent au Prophète ﷺ par « Allah et Son Messager savent mieux », quand il leur pose une question. C’est ce que répond Mouʿadh quand le Prophète ﷺ lui demande s’il connaît le droit d’Allah sur Ses serviteurs.
📚 | Rapporté par Al-Boukhari n°2856 et Mouslim n°30.
Du vivant du Prophète ﷺ, la réponse allait de soi. Après sa mort, les savants s’accordent sur un point. Pour un événement, une nouvelle, l’avenir ou n’importe quelle chose de ce monde, on dit Allahou ahlem seul, parce que le Prophète ﷺ ne sait pas ce qui arrive après lui. Cheikh Al-Albani va jusqu’à dire que l’inverse est une association dans les mots, un chirk lafdhi. Cheikh ʿOuthman Al-Khamis dit lui aussi que ce n’est pas permis.
📚 | Cheikh Al-Albani, réponse transcrite sur al-fatawa.com. Cheikh Al-Khamis, enregistrement publié sur YouTube.
Pour une question de religion, en revanche, ils divergent.
- Cheikh Al-‘Outheymine, Cheikh Al-ʿOusaymi, Cheikh Al-Albani et Cheikh Al-Khamis l’acceptent, parce que le Prophète ﷺ connaissait les règles de la religion. Al-Albani le réserve à ce que le Coran et la Sunna tranchent. Al-ʿOusaymi précise que cela vaut aussi pour une question apparue après lui, une transaction d’aujourd’hui par exemple, et qu’après sa mort, dire Allahou ahlem seul reste plus complet
- Le Comité permanent et Cheikh Ibn Baz disent qu’après sa mort on dit Allahou ahlem, ou « je ne sais pas ». Ibn Baz explique que les savants qui l’écrivent dans leurs livres parlent d’une règle de la religion
- Cheikh Al-Fawzan a répondu dans les deux sens. Dans trois enregistrements, il dit qu’après sa mort on dit Allahou ahlem, et dans deux il donne pour preuve le hadith du Bassin, où il est dit au Prophète ﷺ, le Jour de la Résurrection, qu’il ne sait pas ce que certains ont innové après lui. Dans un quatrième, il dit ne connaître aucun empêchement, parce que la science du Prophète ﷺ reste présente dans sa Sunna
📚 | Fatawa al-Lajna, fatwa n°10751. Cheikh Ibn Baz, fatwa n°18223 sur son site officiel. Les autres savants, enregistrements publiés sur YouTube. Le hadith du Bassin est rapporté par Al-Boukhari n°6583 et n°6584, et Mouslim n°2291.
Aucun de ces savants ne conteste Allahou ahlem seul. C’est donc la formule à garder.
Que répondre à Allahou ahlem ?
Aucune réponse n’est rapportée. Allahou ahlem n’est ni une salutation ni une invocation. Si la personne t’a dit qu’elle ne savait pas, pose ta question à quelqu’un qui sait.
La racine ع ل م et sa famille de mots
En arabe, la plupart des mots se construisent sur des racines de trois lettres. Celle-ci porte le savoir, et elle donne une famille que tu connais déjà en partie.
- عِلْم (ʿilm), le savoir
- عَالِم (ʿâlim), le savant, au pluriel عُلَمَاء (oulama)
- مُعَلِّم (mouʿallim), celui qui enseigne
- أَعْلَم (aʿlam), plus savant, le mot de cette formule
- العَلِيم (al-ʿalîm), l’Omniscient, un des noms d’Allah, celui que disent les anges dans le verset cité plus haut
Comprendre une racine permet de comprendre plusieurs mots d’un coup, et c’est ainsi que la langue arabe est construite.
Comment bien prononcer Allahou ahlem
La prononciation correcte d’Allahou ahlem est simple, mais elle doit être faite distinctement. Elle bute sur une lettre que le français n’a pas.
- Al-la-hou, avec le l doublé
- aʿ-lam, et le h d’ahlem n’est pas un h. C’est la lettre ع, qui se prononce du fond de la gorge
La prononciation d'allahou ahlem
Voix de synthèse
Comment écrire Allahou ahlem
L’orthographe peut varier (allahou ahlem, allah ou ahlem, allah oualem, allahou a3lem, allahou a’lam, allahu alam), le sens reste exactement le même, c’est juste de la phonétique.
Les différences portent sur deux points.
- La lettre ع, qui n’a pas d’équivalent en français. La graphie la plus tapée en France la rend par un h, ahlem, d’autres par un 3 ou une apostrophe, a3lem, a’lam, et certains la font disparaître, alam, oualem
- Le ou d’Allahou, que certains écrivent à part, allah ou ahlem. Ce n’est pas le « ou » du français, c’est la voyelle finale du nom d’Allah
La seule graphie qui ne varie pas est l’arabe, اللهُ أَعْلَمُ, et c’est la seule qui montre la lettre que le h, le 3 et l’apostrophe essaient de remplacer.
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